L’analogie, pierre angulaire du monde éducatif?

Les sciences cognitives ont depuis longtemps démontré que tous les choix que nous faisons sont largement tributaires de ce que nous possédons en mémoire. Nos connaissances et expériences dictent la manière dont nous pensons et nous agissons.

Reste à savoir maintenant comment le cerveau fonctionne, de quelle manière il organise et réorganise le contenu sa mémoire lors de ses apprentissages. Comment il traite les données des situations vécues et y donne réponse. Dans un ouvrage récent[1], les cognitivistes Hofstadter et Sandler avancent une réponse plutôt originale : la clé de voûte de tout l’édifice de la pensée résiderait dans les analogies.

Notre cerveau n’aurait de cesse d’élaborer continuellement des analogies entre les situations qu’il rencontre et ce qu’il connait déjà afin d’interpréter ce qui est nouveau et inconnu dans des termes anciens et connus. En clair, toute forme de pensée ne serait rien d’autre que le fruit d’analogies avec les contenus de notre mémoire à long terme.

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Des vieilleries continuellement resservies comme “innovantes”

Merci à @asdrophule sur twitter d’avoir déterré ce manuel de 1962 (oui oui et pas 2062….) Vous constaterez qu’il y a de cela passé 50 ans, il était déjà question d’interdisciplinarité, de collaboration et autre. Rien de nouveau sous le soleil quoi. Ceci dit, comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, ces vieilleries qu’on nous ressort régulièrement de leur placard comme étant “innovantes”, voir du 21ème siècle, existaient déjà au minimum au début du 20ème siècle. Peu efficaces, elles disparaissent régulièrement après avoir été essayées. Ce qui n’empêche pas leurs défenseurs de revenir systématiquement à la charge….

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Dehaene a raison, mais….

Je reviens sur un intéressant article consacré au neuroscientifique Stanislas Dehaene paru dans le Temps l’an dernier.

Globalement, Dehaene a raison. C’est un grand cognitiviste, et je n’aurai en tout cas pas le culot de remettre en cause ses compétences. En revanche, certains de ses dires méritent quelques précisions afin d’éviter les mauvaises interprétations. Explications:

L’engagement actif

Dehaene affirme qu’un engagement actif de l’élève est nécessaire pour que celui-ci apprenne. Un élève passif n’apprenant rien. C’est tout à fait exact. Mais il ne faut pas confondre entre l’activité “physique” et l’activité cognitive de l’élève. Un élève qui est attentif à ce qu’on lui dit, pose des questions ou répond à celles qu’on lui pose est actif. Cela ne se voit pas forçément. Qu’on pense à l’élève qui ne parle que très peu mais écoute avec attention par exemple. A l’inverse, on peut avoir l’illusion de l’engagement actif lorsque l’élève est amené à réaliser certaines choses et qu’on peut constater de visu son activité. Qu’on pense à un élève mis en situation de travail de groupe mais qui ne fait pas ce qu’on lui demande. On peut avoir l’illusion de son activité parce qu’il parle dans le groupe, parce qu’il bouge, mais en définitive son activité physique comme verbale peuvent s’avérer totalement stérile car pas en lien avec ce qu’on lui a demandé. Cela semble évident pour tout le monde mais certains défenseurs des pédagogies dites actives ne semblent pas faire cette distinction. Aussi était-il nécessaire de la préciser.

L’erreur est la condition de l’apprentissage

Certains pensent qu’il est nécessaire de mettre les élèves dans une situation nécessitant de se tromper pour finir par réussir. Je pense par exemple à de la résolution de problème en approche par découverte. C’est faux. Un élève actif génère constamment des hypothèses, y compris pendant que l’enseignant lui donne des explications. Si son hypothèse est juste et qu’il ne connaissait pas au préalable ce qui lui a été dit, alors il a appris sans passer par la case erreur. Sinon, il commet d’office des erreurs qu’il corrige au fur et à mesure qu’il saisit les explications de l’enseignant. Ce qui est important avec l’erreur, c’est de ne pas la laisser s’inscruster. Dehaene le dit: l’enfant doit “rapidement recevoir un “retour sur l’erreur””. Ce qui signifie que si on peut difficilement éviter que l’élève gènère des hypothèses fausses, il faut surtout ne pas laisser le temps à celles-ci de s’inscruster. On est loin des théories fumeuses exigeant que les élèves pataugent dans leurs erreurs pour apprendre…

Les notes ne sont pas un bon système d’évaluation

Ici, je vais me permettre de marquer un relatif désaccord avec Dehaene. Certes les notes ne sont pas parfaites, elles génèrent du stress et n’ont pas la vertu de faire ressortir les erreurs pour qu’on puisse les corriger, mais ce n’est pas ce qu’on leur demande. La note n’est pas un outil d’apprentissage en soi. C’est un outil permettant d’évaluer, ce qui n’est pas tout à fait pareil. De plus, les notes sont généralement assorties d’indications au stylo rouge permettant de voir ses erreurs. Ainsi que d’une correction faite en plénum. Là se situent les outils pèdagogiques d’apprentissage reliés à la note.

J’ajoute en passant que si on peut également évaluer de manière formative, il est incontournable de passer par une évaluation certifiante permettant de mesurer la progression, si l’élève remplit les objectifs ou non et dans quelle mesure. Qu’on utilise des couleurs, des gommettes, des intitulés ou je ne sais quoi d’autre ne change rien. Ce qui gènère le stress, c’est l’échec possible ou la contreperformance. Des cas que l’on retrouve dans tous les systèmes de notation. Sauf évidemment à penser supprimer toute notion d’échec et laisser les élèves continuer à avancer dans leur parcours quel que soit les résultats obtenus. Mais là, ce sont d’autres problèmes bien plus gros que la gestion du stress qui vont pointer le bout de leur nez.

Enfin je ne résiste pas à la tentation de faire remarquer que Dehaene insiste sur la nécessité de la répétition pour apprendre, qu’il ne parle pas des apprentissages en terme de “compétences” mais de “connaissances” car il sait que les secondes sont constitutives des premières.

Pour ceux qui auraient apprécié ce billet, je vous invite à jeter un oeil sur le blog consacrò au livre que j’ai écrit sur le sujet. C’est ici

Le Visible Learning, plus grosse méga-analyse disponible à ce jour, désavoue le constructivisme éducatif!

Une méga-analyse portant sur des dizaines de millions d’élèves et dont les résultats sont édifiants. Jugez en par vous même: lorsqu’on oppose l’enseignant activateur (technique centrée sur l’enseignant, qui donne son cours à l’aide de techniques éprouvées) et l’enseignant facilitateur (l’élève au centre, avec l’enseignant qui aide l’élève à apprendre par lui-même), il n’y a pas photo!

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On peut bien entendu mettre en question certaines catégories, notamment en quoi une classe à petit effectif à quoi que ce soit à voir avec le fait d’enseigner comme facilitateur, mais les autres stratégies décrites ne laissent malgré tout planer aucun doute sur la question…

Les réformes scolaires actuelles favorisent-elles l’esprit critique?

L’école qui transmet des connaissances est régulièrement présentée comme une institution remplissant des têtes de notions n’ayant que peu de sens au lieu d’apprendre aux élèves à raisonner.  J’ai déjà montré que cette idée est fausse et trompeuse car c’est sur la base des connaissances que s’élabore le raisonnement (1). Le but du présent billet est d’approfondir encore un peu plus la question afin d’exercer une lecture critique des réformes qui secouent l’école francophone ces dernières années.

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Le test PISA devient un dangereux instrument de promotion de l’illettrisme

J’ai toujours apprécié le test PISA. L’idée de comparer les différents systèmes scolaires m’a toujours semblé un excellent moyen de se situer et de se remettre en question. Certes, il n’est pas parfait, les enseignements qui sont les siens sont somme toute restreints en comparaison de ceux des mega-analyses sérieuses existantes dans le monde éducatif (mais qu’on ne prend malheureusement pas en compte…) mais, dans l’ensemble, l’outil est intéressant. Ou plutôt devrai-je dire était, tant l’imparfait d’un passé définitivement révolu semble se profiler au regard des dernières orientations prises par le test éducatif de l’OCDE.

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Former des élèves créatifs

On entend souvent dire qu’un prof qui transmet des connaissances n’éveille pas la créativité de ses élèves. Par contraste, permettre à l’élève de tâtonner et découvrir par lui-même serait nettement plus porteur. Chacun a bien entendu le droit d’avoir sa propre opinion sur un sujet. Même si celle-ci ne se fonde sur à peu près rien de sérieux. Personne ne peut vous interdire de croire aux soucoupes volantes. Mais quand ces avis ont un impact sur la vie d’autrui et qu’une tentative de validation empirique est possible, il serait peut-être bon d’approfondir un peu la question et de voir ce que des démarches scientifiques sérieuses peuvent nous apprendre avant de se servir de son prochain comme d’un cobaye.

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Au sujet de la différenciation pédagogique

Une définition

La pédagogie différenciée consiste à connaitre une variété de stratégies d’enseignement et à savoir quand et avec qui les utiliser. Les besoins et caractéristiques individuelles de chaque élève devrait guider le choix des stratégies d’enseignement. Le but de l’enseignant réside alors dans la mise à disposition des élèves les situations d’apprentissage les plus fécondes au regard de leur manière d’apprendre comme de leur niveau. On peut différencier dans le temps en fournissant des activités supplémentaires à ceux qui acquièrent une maitrise plus rapide ou simultanément ou avec des travaux différents réalisés simultanément par les élèves en groupe ou individuellement pour arriver au même objectif. C’est de cette deuxième manière de procéder qu’il va surtout être question ici.

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Les têtes bien faites et les têtes bien pleines

Les promoteurs des pédagogies farfelues actives aiment à user abusivement de citations pour étayer leur propos. Sans doute est-ce là une manière de démontrer le vide abyssal l’étendue de leur culture. Montaigne fait partie de leurs références favorites. De tonitruants « Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine » sont assénés régulièrement un peu partout où enseignants et formateurs sont formatés formés en guise d’argument coupant court à toute discussion sérieuse opposition formulée par ceux qui ne savent pas. 

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